Thursday, February 12, 2015

Le rêve et la réalité

 Le rêve et la réalité

Dieu se sert-il du rêve pour nous faire 
douter de la réalité ? Ou pour nous 
dédommager des embarras dans lesquels 
nous a mis sa bonté un tantinet folle et par 
moments si bienveillante ? Il nous offre dans 
l’irréalité du rêve ce qu’il nous refuse dans la 
vie réelle, là où vraiment se passent les choses. 
Si  je ne t’ai pas vue pendant deux jours il arrive 
que tu fasses irruption dans mon sommeil. Je n’y 
peux rien, tu viens quand ça te prend ou Dieu le 
veut. Alors tu me parles et je t’écoute. Et à nouveau 
tu m’étonnes. Tu es si belle dans tes jolis habits de 
nonne. Tu me fais penser à Héloïse. Hélas, je ne serai 
jamais Abélard. Je te regarde et parfois je te réponds. 
Tout semble aussi vrai que si nous étions encore en 
train de prendre du thé et de bavarder à l’hôtel cette 
après-midi là. C’était pas mal, reconnais-le, pour une 
première rencontre. C’était même superbe, presque 
un miracle, on peut le dire maintenant. Tu trouves pas ?

Dans le rêve tu me souris, tes yeux me regardent sans 
crainte. Mais parfois tu te tais, tu fermes tes yeux et je 
te vois pensive. Tu redeviens celle que j’ai connue, celle 
avec qui je soupçonne Dieu de m’avoir lié à fin que dans 
mon existence règnent le désordre et l’inquiétude. Est-ce 
que je dois me plaindre ? Ou tout accepter et me taire ? 
Car après, quand le soleil revient et je me réveille, tu es 
disparue. Je sais où te chercher, il est vrai, tu me l’as dit. 
Mais jamais je ne croiserai ton chemin sans y être invité, 
tu le sais très bien. Je t’ai écrit, n’est-ce pas, et tu ne m’as 
pas répondu. Tu me l’avais demandé pourtant : écris-moi, 
je te répondrai. Je l’ai fait. Une semaine s’est écoulée et 
j’attendais toujours de recevoir ta réponse. Elle n’arrivera 
jamais. Tu me parles et tu me souris quand on se rencontre 
dans la rue ou dans le rêve. Mais écrire, non, tu ne m’écris 
pas, tu n’as plus rien à me dire. Je m’y suis fait, de toute façon. 
Et qui suis-je pour espérer ou exiger de toi un peu d’attention? 

Cela dit, est-ce que tu n’exagères pas un peu par moments? Tu 
t’es habituée à la solitude et les gens te fatiguent. On te sourit, 
on te fais des compliments discrets sur ta beauté et sur ton 
intelligence, on te dit « merci à toi d’exister, sans ta présence 
le monde deviendrait maintenant un lieu bien vide », et tu te 
fâches. Tu t’imagines qu’on te parle d’amour et tu ne veux
surtout pas être aimée. Quelle drôle d’éducation vous recevez
dans votre pays. Je ne m’y ferai jamais. Je refuse de m’y faire, 
de toute façon. Passons. Parfois on fait des promesses qu’on 
n’a pas la force de satisfaire. Dans mes rêves, oui, et quand tu 
me rencontres par hasard dans la rue aussi, tu redeviens la fille 
que j’ai connue, celle avec qui j’ai ri et bavardé, celle qui soudain 
fermait ses yeux et  semblait en proie à une grande douleur ou à 
une grande joie. Tu m’inquiétais, je te regardais et je ne savais pas 
quoi faire. Je me sentais un peu perdu et un peu coupable. 
Mais tu ne m’écris pas pour autant. Tu ne veux pas être 
dérangée. Oui, je sais : être aimé sans en avoir ni l’envie 
ni la force est un fardeau. Mais est-ce que j’ai jamais parlé 
d’amour, moi ? Je n’ai rien dit. Je n’étais qu’étonné de t’avoir 
rencontrée là où te rencontrer n’était pas prévu. Cela se voyait 
dans mon visage, mon étonnement et mon plaisir ? Ai-je dit des
bêtises, ai-je été trop sincère dans la manifestation de ma joie ?  
Tu n’avais qu’à ne pas me parler, qu’à ne pas me regarder comme 
si nous nous connaissions depuis l’éternité. C’était un malentendu ? 
Mes excuses, mademoiselle, mais je ne crois pas aux malentendus. 

Ce Dieu qui nous a mis dans le chemin l’un de l’autre probablement 
s’ennuyait et a voulu se distraire en nous mettant l’un et l’autre dans 
l’embarras. Trouve-t-il que nos vies sont assez dénuées de difficultés 
et qu’il a le droit de nous faire croire à ce que jamais n’arrivera ? Il mêle 
le rêve et la réalité, pour lui c’est tout du pareil au même. Et bien, pas 
pour nous, pas pour moi en tout cas. Au fond Il s’en fout, n’est-ce pas ? 
À nous de nous débrouiller. J’accepte.  Je n’ai plus rien à Lui dire, qu’il 
me foute la paix et me laisse m’occuper désormais, sans son aide si 
précieuse, de mon propre destin. Car je ne crois pas être responsable 
moi-même de toute cette confusion. À toi non plus je n’ai plus rien à dire 
pour le moment. Tu as commencé à me prendre pour quelqu’un qui n’est 
pas moi, je ne peux pas l’accepter. Arrête, s’il te plaît, ça n’a pas de sens, 
ni queue ni tête. Salut. Je crois que je m’en vais. Pardon si j’ai dérangé.

J. E. Soice

Saturday, February 07, 2015

Quem?

Quem?

Tu falas, tu calas-te,
tu bebes, tu olhas.
E nada tem importância,
podes ir para casa ou 
deitar-te ao rio, vem
a dar no mesmo. 
Quem se lembrará de ti?
Quem te vê quando tu
andas a pé pelas ruas 
da cidade adormecida?
E no entanto sofres,
alegras-te, dás
importância ao que
acontece, fazes
planos para o futuro,
às vezes tens remorsos
dos pecados que nunca
cometeste. Fala ou
cala-te. Morre ou
vive. A indiferença
dos deuses é eterna.



Santa Barbara, 18 de Maio de 2005