Wednesday, January 01, 2014

Comme une mère


La mort pourrait venir
maintenant. Elle n’a pas
de visage, je le sais.
Comme une mère qui
jamais ne peut se
séparer de son enfant,
elle habite chez nous
depuis toujours, dans
notre corps elle se cache.

Dans la grande maison
de la grande ville je
m’étais endormi. Puis
je m’étais réveillé. Dehors
le silence dans la rue
déserte. J’ai eu envie de
rentrer chez moi mais
je suis resté. Ce qui était
loin resterait lointain
où que je que me trouve.

Je voyais son visage
et ce n’était pas le
visage de la mort.
Je me souvenais de
ses yeux et ce n’étaient
pas les yeux de la mort.
Ça faisait si longtemps
que je ne m’étais senti
aussi proche de la vie.
Proche, mais incapable de
m’en rapprocher assez.
Je le savais. Je l’avais
accepté sans me plaindre.

J’ai voulu l’oublier,
m’en éloigner à jamais.
J’ai voulu croire que
tout n’était que le fruit
malsain de mon
imagination soulée
de solitude. J’ai voulu
m’en aller ailleurs et
ne pas savoir que je
l’avais connue ni
qu’elle ressemblait
peut-être à ma jeune
mère dans une photo
ancienne. Je ne savais
pas quoi faire ni ce que
je serais capable de faire.

Elle était venue de nulle
part et aussi vite elle était
disparue. Elle n’appartenait
pas à ce monde. Mais moi,
à quel monde est-ce que
j’appartenais ? Je le savais ?

Dans la grande maison
froide je m’étais réveillé.
Une autre femme dormait
dans la chambre et parfois
son chien allait lui lécher
le visage. La nuit me
semblait trop longue,
j’ai eu envie de m’en aller.
Mais ce qui était hors de
portée resterait, où que je
me trouve, hors de portée.
Et sans dormir j’ai attendu
le matin, je suis resté.

J. E. Soice


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