Tuesday, March 30, 2010

Elle et moi

Je ne pouvais pas lui parler d'amour, elle avait un dédain inaudit vis à vis de tout ce qui pourrait faire croire qu'elle avait un coeur. Sachant cela, je me taisais et l'emmenais au restaurant et j'observais en silence les mouvements de ses lèvres, le bouger de ses beaux yeus, la paisibilité aparente de son visage frais où s'agitaient les vestiges discrets de passions qu'elle préférait ignorer.  Je me suis dit: elle n'est pas prête, peut-être ne le sera-t-elle jamais, et je me fatigue de rester là à attendre sans espoir le surgissement brusque de son âme ou la révélation de la passion inexistante.

Nous nous promenions en voiture, nous nous amusions à aller de route en route à travers les campagnes désertes. Son intelligence me forçait à garder un regard attentif à tous ses gestes, paroles, désirs. Cette fille était un trésor qui vivait inaperçu dans la grande ville monotone et bruyante et j'en étais ému. Je pourrais aussi bien l'abandoner à son apparent manque d'intérêt pour ma personne, à son existence remplie de rencontres avec des garçons qui l'ennuyaient, d'obligations scholaires, de projets d'activités (elle nageait tous les jours environ 2 heures à la piscine de l'université). Je ne le faisais pas, pourtant, et je ne l'oubliais pas, parce que si je restais deux jours sans l'appeler c'était-elle qui prenait le téléphone et me faisait sortir de chez moi, où souvent, sans elle, je pourrais m'ennuyer. Je ne voulais rien lui demander. Je ne pouvais pas lui dire que je l'aimais parce que ça ne servirait qu'à effrayer. Il m'arrivait de croire qu'entre nous une complicité profonde s'était déjá créée et continuait de se développer, mysterieusement,  une complicité sans nom mais faite de gestes, de pensées, de silences et de rêveries qui un jour finiraient par voir la lumière du jour tranquilement, comme si de rien n'était. J'avais une petite idée de la façon dont tout nous serait bientôt soudainemenet, sans fracas, tranquilement,  révélé: mes lèvres se poseraient sur ses lèvres doucement, par peur de  les blesser; ce ne serait pas une ataque imtempestive; mes mains caresseraient son visage, ses épaules, sa nuque tandis qu'elle, silencieuse, laissait les choses se passer comme indépendémment de sa volonté, presqu' en marge de sa conscience. Mais il m'arrivait aussi de penser que tout n'était que folie et que je m'égarais dans des chemins qui ne menaient nulle part.  

Elle était belle mais il me semblait que les garçons et les hommes qu'elle croisait ne se rendaient pas compte da la pureté de ses gestes, de la grace de ses mouvements brusques - parfois en quelque sorte masculins. Moi-même il m'avait fallu un long apprentissage pour être enfim capable de distinguer, au milieu d'une foule anonyme et sans intérêt, le trésor de sa divinité d'enfant qui refusait de devenir une femme.  Il était tard et j'allais me coucher, je voulais dormir et rêver d'elle. Petit à petit je construisais patiemment le chateau de notre rencontre qui aurait lieu un jour quand tous ses murs se seraient solidemente élévés pour créer l'habitation de notre amour qui ne voulait pas qu'on le désige avec des mots si vulgaires, si polúés par l'usage que d'autres en faisaient depuis des siécles.

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