Wednesday, May 27, 2009

De la vie inconsciente de l'âme


Knut Hamsun (1859-1952) ainda foi contemporâneo de Eça de Queirós (1845-1900). Tenha-se em conta esse pormenor ao ler este texto (que data de 1890). Recorde-se que Mistérios, o segundo romance de Hamsun, foi publicado em 1892, isto é, trinta anos antes do Ulysses (1922) de James Joyce. A narração da corrente de consciência através do monólogo interior, que James Joyce, como se sabe, explorou superiormente, já Hamsun a utilizara de certo modo em grande parte nos seus dois primeiros romances que tiveram sucesso (A Fome, de 1890, e Mistérios, de 1892). Só que o extravagante e misterioso Johan Nilsen Nagel, o protagonista do romance Mistérios, em vez de se limitar a pensar desordenadamente por associação livre de ideias, vai dizendo o que lhe passa pela cabeça, encadeando os pensamentos uns nos outros segundo uma lógica que lhe é própria e que muitas vezes deixa perplexos aqueles que o ouvem. O facto de Hamsun necessitar de um interlocutor ou de interlocutores reais para Nagel estabelece uma diferença importante com o que faz James Joyce, que por se situar inteiramente no segredo da consciência das personagens utiizará mais livremente ainda a narrativa da corrente de consciência. A maneira como Nagel complica as suas relações com Dagny no romance de Hamsun e parece fazer tudo o que pode para as tornar impossíveis traz-nos por outro lado à memória o enigmático comportamento de José Matias no conto de Eça. E a ruptura das leis da causalidade consideradas normais no romance realista também aparenta Hamsun a Machado de Assis (1939-1908).

Il y a un vieux dicton qui dit: Il y a bien des choses cachées dans la nature. Pour les hommes de notre temps, nerveux, investigateurs et aux écoutes, la nature a de moins en moins de secrets cachés, l'un après l'autre, ils sont mis en observation ou reconnus. Chez des gens de plus en plus nombreux qui mènent une vie intellectuelle surmenée et, par là, ont un esprit délicat, il surgit souvent des réalités spirituelles de l'espèce la plus étrange. Il peut s'agir d'états de perception tout à fait inexplicables: un ravissement muet, sans cause; un souffle de souffrance psychique; le sentiment de se voir adresser la parole de loin, de l'air, de la mer; une attention cruelle, subtile qui vous amène à souffrir même du murmure d'atomes pressentis; un regard fixe, soudain, non naturel, dans des royaumes fermés qui s'ouvrent; le pressentiment d'un danger imminent au milieu d'un moment insouciant... le tout, des représentations qui ont la plus grande signification mais que des cerveaux grossiers et simples de petits marchands ne peuvent saisir. Elles sont souvent trop fugaces pour être attrapées et maintenues, elles durent une seconde, une minute, elles viennent et s'en vont comme des clignotants qui passent; mais elles ont déposé une empreinte, déclenché une perception avant de disparaître et ces mouvements de sensitive presque imperceptibles en l'âme peuvent faire surgir des pensées chez des individus congrûment réceptifs, des pensées qui, finalement, éclosent en résolutions et en actes le jour où la sensitive sort des pétales.
(…)
Et qu'arriverait-il si la littérature dans son ensemble se mettait à s'occuper un peu plus d'états d'âme que de fiançailles et de bals, de promenades à la campagne et d'événements malheureux en tant que tels? Alors, il faudrait très certainement renoncer à décrire des «types » - sur lesquels on a déjà écrit tous ensemble - des "caractères" - que l'on rencontre chaque jour au marché aux poissons. Et, en un sens, on perdrait peut-être une partie du public qui lit pour voir si le héros et l'héroïne s'épouseront. Mais il y aurait, en revanche, plus de cas individuels dans les livres et ceux-ci, en un sens, répondraient peut-être davantage à la vie mentale que mènent les hommes mûrs de ce temps présent. Nous avons pu expérimenter un peu de ces mouvements secrets qui se passent, inaperçus, en des lieux écartés de l'âme, le désordre incalculable des sensations, la délicate vie imaginative tenue sous la loupe, ces errances de la pensée et du sentiment en l’air, ces voyages sans pas, sans traces avec le cerveau et le cœur, d'étranges activités des nerfs, le murmure du sang, la prière des os, toute la vie inconsciente de l'âme. Et alors, il y se trouverait moins de livres pour faire de la psychologie extérieure bon marché qui jamais ne démêle un état, jamais ne plonge dans l'examen approfondi de l'âme.

Knut Hamsun, De la Vie Inconsciente de L’âme, Joseph K.,
1994, traduit du norvégien par Régis Boyer

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